Enquête majeure sur le harcèlement et les agressions sexuelles en milieu universitaire (ESSIMU)

Enquête majeure sur le harcèlement et les agressions sexuelles en milieu universitaire (ESSIMU)

Violences sexuelles en milieu universitaire au Québec

Rapport de recherche de l’enquête. Bergeron et coll.

Pour ce sondage en ligne, 9 284 personnes ont répondu, y compris des étudiants, des enseignants, des administrateurs et des employés de service de six universités. Les questions portaient sur le harcèlement sexuel, les comportements sexuels non désirés et la coercition sexuelle. Le rapport fournit un portrait détaillé. Il n’y a aucune raison de supposer que la situation soit très différente dans les autres provinces.

Parmi les répondants (ce n’était pas un échantillon aléatoire), 37%, soit 3 430 personnes, ont déclaré avoir été victimes d’au moins une forme d’agression. Le harcèlement sexuel était le plus fréquent à 34%, suivis des comportements sexuels non désirés à 18% et la coercition sexuelle à 3%. Les agresseurs étaient trois fois plus souvent mâles que femelles.

Les chercheurs ont reçu des milliers de commentaires qui donnent un aperçu précieux quant à ce qu’il peut être comme pour beaucoup de nos étudiant(e)s aujourd’hui. Les incidents sont décrits ainsi que les sentiments et les conséquences qui ont suivi pour les victimes.

Parmi les répondants, 14% ont dit que quelqu’un leur avait dit qu’elles étaient victimisées. Les chercheurs ont obtenu des informations détaillées sur la façon dont leurs collègues ont répondu quand quelqu’un parlait de leur détresse – souvent mal, en minimisant ou en blâmant la victime. Dans une autre section, les victimes ont décrit les réponses qu’elles souhaitaient recevoir, telles que le soutien à faire rapport et la consultation thérapeutique. Il serait d’une grande valeur pour chacun de savoir comment répondre quand quelqu’un se confie en eux qu’ils ont eu un problème. Ces aveux doivent être pris au sérieux, d’autant plus que de nombreuses victimes tendent à minimiser la gravité de l’incident. Bien sûr, tous les accusés d’agression ne sont pas coupables, mais lisez ce qui suit …

Le rapport fournit une mesure du refus et de l’acceptation de la culture du viol dans la population universitaire. Les répondants ont reçu des déclarations comprenant:

« Certains gestes anodins des hommes sont injustement interprétés comme du harcèlement sexuel. » 39% sont d’accords ou pas en désaccord. Un point important ici est que, si quelqu’une est offensée et le dit, pour continuer le comportement est légalement considéré comme un harcèlement. Et qu’en est-il des fausses accusations d’agression? Il y a une mesure d’une étude antérieure à une université américaine. Sur une période de dix ans et 136 allégations, l’équipe de recherche a codé seulement 6% comme faux (Lisak, et coll., 2010).

« Beaucoup de femmes donnent l’impression à l’homme qu’elles sont intéressées, et ensuite elles prétendent avoir été agressées sexuellement. » 19% sont d’accords ou pas en désaccord.

« Les hommes n’ont généralement pas l’intention de forcer leur partenaire, mais parfois, ils sont incapables de s’arrêter car ils sont trop excités sexuellement. » 16% d’accord ou pas en désaccord. C’est une partie classique de la culture du viol, avec le fantasme que la victime a secrètement voulu le sexe en disant non.

Les administrations ont beaucoup à faire pour gagner et mériter la confiance des victimes afin qu’elles a signalent ou dénoncent les agressions. Ce rapport fournit les raisons invoquées par les gens pour ne pas déclarer, c’est-à-dire le contexte suggéré aux gens que d’autres ne prendraient pas une plainte au sérieux, ou qu’elles n’étaient pas confiant dans la réponse des autorités. Dans l’enquête anonyme, 36% ont révélé qu’ils n’avaient jamais parlé de ce qui leur était arrivé, et seulement un sur dix a déclaré aux autorités.

Deux commentaires: 1) Une conséquence de l’absence d’échantillonnage aléatoire est que les minorités visibles sont sous-représentées dans les statistiques à seulement 6% des répondants. C’est un problème puisque les minorités visibles subissent des taux de harcèlement plus élevés. 2) Tous les principaux chercheurs sont des femmes, et des 23 personnes impliquées, seulement 2 étaient des hommes. Quand est-ce qu’un plus grand nombre d’hommes s’impliqueront et diront que le harcèlement et l’abus c’est leur problème aussi?

Le rapport : BERGERON, M., HÉBERT, M., RICCI, S., GOYER, M.-F., DUHAMEL, N., KURTZMAN, L., AUCLAIR, I., CLENNETT-SIROIS, L., DAIGNEAULT, I., DAMANT, D., DEMERS, S., DION, J., LAVOIE, F., PAQUETTE, G. et S. PARENT (2016). Violences sexuelles en milieu universitaire au Québec : Rapport de recherche de l’enquête ESSIMU. Montréal : Université du Québec à Montréal.