Pourquoi des ateliers ?

Pourquoi des ateliers ?

Plusieurs organisations utilisent des cours offerts sur l’internet pour faire la prévention du harcèlement et du harcèlement sexuel. J’offre des cours en ligne pour les organisations, mais également en complément des ateliers. Quelle est la raison pour laquelle j’insiste tellement sur des ateliers interactifs? C’est à cause des pratiques courantes en éducation des adultes et du changement organisationnel (change management).

La prévention du harcèlement sexuel n’est pas uniquement un apprentissage informationnel. Puisque le harcèlement se passe dans un contexte social avec des personnes qui ont des conceptions et des convictions, des attitudes enracinées dans des identités, le changement n’arrive pas suite à des informations qu’on peut avoir par une lecture ou un cours sur le web.

L’apprentissage, qui est plus qu’une simple accumulation des « faits », se passe à travers plusieurs dialogues. Il y a des dialogues avec soi-même où les nouvelles connaissances sont comparées et évaluées par rapport aux anciennes idées. Il y a des dialogues, directs ou implicites, avec les autres participants. On apprend en s’exprimant pour se faire comprendre par les autres. On apprend en constatant quelles sont les constructions des autres et, en conséquence, en modifiant nos propres constructions. On apprend en acceptant provisoirement des hypothèses des autres. Un regard critique sur ses croyances et pratiques et celles des autres est bienvenu et aide dans l’apprentissage.

Même les informations, les ‘faits,’ sont reçues différemment selon le contexte social (les blagues sont plus drôles en présence des autres, par exemple). L’acquisition d’un meilleur vocabulaire, plus précis, autour des questions du harcèlement sexuel est signifiante. Mais il faut utiliser ces mots pour l’intégration des concepts et définitions.

Nous avons besoin de structurer nos connaissances en interaction avec les autres. Il faut une qualité de réflexion avant de changer ses comportements. Les rencontres mènent plus souvent à la réflexion que les questionnaires sur le web. Le changement implique des déséquilibres au plan cognitif qui doit être vécu dans une atmosphère qui est sécurisante au plan affectif.

Le partage d’expériences relatives aux changements souhaités alimente la réflexion individuelle et collective. Puisque l’environnement organisationnel ne peut être transformé par une seule personne, il faut se rencontrer en groupe. Aussi, les personnes qui souffrent dans un environnement où le harcèlement est visible ou inaperçu, ont besoin de l’expérience en groupe pour ne pas sentir isolées dans ce qu’elles vivent.

L’animateur du groupe a son rôle à jouer. En plus de partager des connaissances, l’animateur doit modeler une acceptation des gens comme ils/elles sont et où ils/elles sont. L’atmosphère doit être chaleureuse et non pas conflictuelle. L’animateur enseigne aussi comme modèle – modèle de comment accepter la diversité, modèle de comment parler de la sexualité sans gêne, d’être clair mais respectueux, et d’être à l’aise avec différences d’opinions.

L’animateur doit répondre à chaque groupe différemment en tenant compte de chaque culture organisationnelle, des histoires présentes dans la salle et de l’atmosphère dans le groupe. Pour chaque groupe, les « portes d’entrée » sont différentes. L’animateur doit comprendre les personnes qui ont des résistances et explorer le pourquoi. Il/elle doit amener les personnes à formuler leurs résistances et à les justifier pour avancer le dialogue. L’écoute est aussi un outil puissant qui aide les personnes à se questionner sur les causes de leur résistance.

Adapté de Lafortune, Louise. 2009. Compétences professionnelles pour l’accompagnement d’un changement ; un référentiel. Québec, QC : Presses de l’Université du Québec